dimanche 30 novembre 2014

Gros sur la patate



J'avais envie d'en parler, parce que c'est dans la tête, dans le cœur, on y pense, la journée, la nuit ...

Il y a des évènements plus ou moins joyeux dans notre métier vous le saviez, moi aussi et pourtant à chaque fois ça me touche et jamais le temps d'en parler avec la sage-femme avec qui j'étais à ce moment là.

Il y a deux jours de ça, j'accompagnais un couple dont l'enfant avait une grave malformation qui contre-indiquait la poursuite de la grossesse, je participais donc au fœticide (rien que ce mot me donne des frissons) de leur Ptit Lou' et à l'accouchement de celui-ci au terme de 6 mois et demi de grossesse.

J'ai toujours voulu faire ce métier pour pouvoir accompagner, rassurer, écouter les couples, et dans ces moments là je réalise vraiment que notre présence est indispensable et que nous restons des humains et que la parole reste le plus beau protocole personnalisé de chaque sage-femme ...
Ce couple m'a beaucoup touché, aussi triste et effondré l'un comme l'autre c'est pour ça que je vous en parle ici car je vous dit tout. J'espère de tout cœur, qu'ils arriveront à surmonter cette épreuve de la vie et peut-être que je les recroiserai dans quelques années pour un heureux évènement...

Et puis, j'apprenais en début de semaine par une copine, le décès d'une de mes patientes dont je me suis occupée lors de deux gardes en salle de naissance. Elle est décédée quelques jours après avoir accouché de son bout d'choux, elle avait déjà un enfant... Je pense fort à sa famille, elle n'allait déjà pas très bien lorsque je la suivais mais je pense que les médecins ont réagis beaucoup trop tard... c'est triste.

C'était les deux choses dont je voulais vous parler aujourd'hui, car le métier de sage-femme c'est aussi ça, mais pas que je vous rassure ...

Cette nuit, j'étais de garde et je n'ai jamais eu une garde aussi chargée alors que pourtant j'attire quand même les accouchements. C'est pour vous dire !
Les couples arrivaient en masse, je pense qu'il y avait un bus à l'entrée des urgences maternité avec un chauffeur qui donnait le top départ aux dames : "allez c'est-à vous GO GO GO !"
Pendant une nuit entière, nous avons pas chaumé :

- un accouchement d'une dame pour son premier bébé, qui est arrivée à dilatation complète
- un accouchement de JuJu (jumeaux!) à 6 mois de grossesse, elle, est arrivée à 8 cm de dilatation.
- un accouchement d'une autre dame pour son premier bébé (beau bébé de 4 620g).
- 5 ou 6 péridurales de posées
- En tout, 7 ou 8 accouchements + la surveillance de plusieurs dames en travail

Quand nous voyons les collègues de jour arrivées, on aurait presque envie de les serrer fort dans nos bras !!!
Et puis après toutes ses aventures, je suis partie pour un gros dodo ...

To be continued










lundi 17 novembre 2014

Et si la sage-femme était un homme...

Cela fait longtemps que je voulais écrire un article, et puis les jours passent ...trop vite !

Me voici donc en 4ème année de sage-femme (en Maïeutique 4 pour vous donner le nom scientifique !), je prends du galon, des cheveux blancs, et de la maturité ( bon ça c'est à voir !).
Une dure année a commencé pour nous toutes, avec au programme : beaucoup de cours concernant les grossesses pathologiques, la recherche d'un thème pour notre mémoire de fin d'étude, et les stages toujours aussi variés.

Que faut-il vraiment acquérir pendant cette dernière année et demi d'école ? Sans aucun doute la confiance en soi.
Oui la confiance en soi ! Pour nous, étudiante sage-femme, c'est une chose vraiment primordiale car si l'on a pas cette confiance en soi, on est pas sure, on doute, on hésite et, du coup, les femmes et les couples n'ont pas confiance en nous et ne se sentent pas en sécurité.
Contrairement aux cours ou aux protocoles médicaux qui s’apprennent assez vite, la confiance en soi, elle, ne s'acquière pas aussi facilement.

Mais les stages sont là pour ça, pour nous faire progresser, pour être de plus en plus à l'aise avec toutes sortes de situations. D'ailleurs je le remarque en ce moment, étant en stage en salle de naissance, je suis de plus en plus naturelle avec les couples, je sens que j'ai muri et qu'ils me font entièrement confiance :)... et en plus ils rigolent à mes blagues ( alors merci !) !

Avec les copines, on arrive enfin a voir le fond du tunnel qu'est l'école de sage-femme !

 Donc comme je vous l'ai dit plus haut, je suis actuellement en stage en salle de naissance et on nous fait comprendre qu'on a un peu plus de responsabilités qu'avant.... aïe aïe aïe
Je fais des accouchements toute seule, comme une grande ( avec la sage-femme derrière moi bien sur ), on nous laisse prendre des décisions, il faut savoir gérer les urgences comme par exemple hier lors d'une hémorragie de la délivrance (la femme qui saigne beaucoup après l’expulsion du placenta).

Hier également, je me suis occupée d'un couple qui venait de perdre leur bébé (décédé dans le ventre de sa maman à 4 mois et demi de grossesse). Il faut trouver les mots justes, ou alors savoir se taire quand il le faut, savoir être là quand ils ont besoin de nous... Ils ont juste envie que ce moment dure le moins longtemps possible. Hier soir, après l'accouchement de leur petit bébé, la femme m'a dit qu'on se retrouverai pour un moment plus joyeux que celui ci, et qu'elle demanderait que ce soit moi qui l'accouche <3 ... que dire :)  !

Et puis pour finir ma garde, j'ai fait un bel accouchement d'une dame qui a donné naissance à une belle petite fille.

Etre là à un moment particulier de la vie d'un couple, que ce soit pour soutenir la maman dans une épreuve merveilleuse qu'est la naissance d'un bout 'choux ou pour une épreuve moins joyeuse : c'est le métier des sages-femmes ... qui ne sont d'ailleurs toujours pas reconnues !

Pour finir, juste un mot, sur la grève des sages-femmes. Cela fait maintenant plus d'un an que les sages-femmes sont en grèves et rien a bougé. Pourtant, sage-femme est une profession médicale dont les rôles et compétences sont définis dans le Livre 1er « Professions médicales » de la Quatrième Partie du Code de la Santé Publique, tout comme les professions de médecin et de chirurgien-dentiste. Ainsi que sur le statut des étudiants sages-femmes, nous ne sommes pas reconnus comme étudiants hospitaliers donc pas de statuts = pas d'accès aux Crous, ni aux bourses, ni aux indemnités.

Je vais vous faire part d'un petit secret mais chut, ne le dites à personne car c'est assez aberrant ... C'est sur le salaire des étudiants sages-femmes. Nous avons un salaire un peu trop élevé pour n'être qu'étudiant.... 80 euros par mois ! Oui je sais c'est trop, mais au moins je pourrais faire mes achats de Noël sans soucis !


Et si la solution pour que les sages-femmes soient reconnues était l'augmentation des sages-femmes hommes ? Si la profession était plus masculine que féminine, je pense que les sages-femme seraient reconnues depuis bien longtemps avec un salaire d'au moins 5000 euros par mois ..!

Mais bon avec des "si" on refait le Monde !